Sport tracker : le salut de la performance ?

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Cet été, les regards du monde entier seront tournés vers Rio pour suivre l’événement le plus médiatisé de la planète : les Jeux Olympiques. Un rendez-vous attendu par des centaines d’athlètes qui tenteront une nouvelle fois de marquer l’histoire de leur discipline. Il y a quatre ans déjà, trente-deux records tombaient à Londres. Des performances qui coïncident avec l’utilisation progressive d’outils connectés destinés au sport de haut niveau. Capteurs de performances, de données vitales ou détecteurs de mouvements, les objets connectés ont aujourd’hui une place essentielle au sein des structures sportives professionnelles. Placés dans le maillot, sous le bonnet, la raquette ou en haut des tribunes, les capteurs se déclinent sous de nombreux aspects pour offrir aux athlètes une expertise optimale de leurs données, qui plus que jamais, se placent au [1]cœur de l’enjeu sportif.

Longtemps assimilées au travail des bookmakers, les données sportives sont désormais omniprésentes lors des séances d’entrainement. Football, athlétisme, natation, tennis, rugby, aviron : autant de disciplines qui misent aujourd’hui sur elles pour faire des résultats. Des données récoltées par des capteurs sans fil, généralement placés autours du corps de l’athlète pour calculer et analyser ses aptitudes physiques.

C’est ce que l’on appelle le « sport tracking », une technologie aujourd’hui utilisée par de nombreuses équipes et fédérations. En France, la société Mac Lloyd Sport[2] dédient le monopole de cet outil et fournit déjà plusieurs équipes professionnelles comme l’Olympique Lyonnais ou le Racing 92.

Ces systèmes « intrusifs » se présentent sous la forme de capteurs wearables GPS intégrés à un équipement ou un objet, communiquant avec un récepteur relié à une plateforme numérique. L’outil transmet plus de 150 indicateurs et 1000 données par seconde en temps direct, consultables par le staff technique et les entraîneurs. Rythme cardiaque, position GPS et données d’accélération peuvent être immédiatement analysées par le préparateur physique pour interpréter la condition physique du sportif et de l’équipe. Objectif visé par ce dispositif : mieux individualiser les performances des joueurs sur le terrain  pour pouvoir ajuster l’intensité et le volume d’entrainement des joueurs lors de leurs séances quotidiennes.

Un outil « encore en phase de test »

Depuis deux ans, la technologie « sport tracking » de Mac Lloyd Sport a d’ailleurs embarqué à bord des bateaux de l’équipe de France d’Aviron. Un nouvel outil au service d’une équipe de France qui prétend au podium dans les compétitions internationales, comme pour le deux de couple poids léger masculin français, champion du monde en titre et entraîné par Alexis Besançon. « On est encore en phase de conception et de test mais dans quatre ans on verra véritablement l’impact de cette technologie sur nos performances » explique-t-il.

Engagé pour les Jeux Olympiques de Rio, l’entraîneur sait combien il est devenu essentiel de scruter chaque donnée pour aller encore plus loin lors des entraînements et viser l’excellence. « On est à la recherche du moindre centième en compétition. La retransmission des données cardiaques, de la vitesse, de l’amplitude et de la cadence de rame se fait en direct, ce qui nous permet d’être plus efficaces lors des séances d’entrainement et de gagner en vitesse« .

A peine adoptée par l’équipe de France d’aviron, Alexis Besançon préfère cependant rester pragmatique et attend de voir son efficacité sur le long terme. « On n’a pas encore assez de recul pour savoir si elle influe réellement sur nos performances. On le saura véritablement dans quatre ans. Mais ce qui est sur c’est qu’elle nous apporte (aux entraineurs, NDLR) plus de confort, et les rameurs sentent qu’ils sont plus efficaces« . Malgré tout pour lui cela ne fait aucun doute, dans quelques années « toutes les équipes d’aviron auront usage de cette technologie« .

Une technologie déjà victorieuse à Rio

Avant de pouvoir prouver son efficience cet été sur les pistes d’athlétisme et bassins de Rio de Janeiro pour les JO, le « sport tracking » avait déjà fait des éclats au Maracana pour la coupe du Monde de football 2014. Richard Attias, fondateur du New-York Forum et des Sommets de Davos, expliquait il y a deux ans sur son blog[3] comment l’Allemagne avait su tirer parti de ces capteurs pour préparer et, à terme, remporter la compétition.

« Pendant plusieurs mois avant la Coupe du Monde, la Mannschaft s’est entraînée avec un logiciel analysant les données biométriques et les déplacements des joueurs, ainsi que l’historique des matches joués par ses adversaires. » La technologie était reliée à des caméras permettant d’analyser les déplacements et réactions des joueurs face à leurs adversaires, et savoir si les joueurs respectaient ou non les tactiques énoncées.

Par ailleurs, les données biométriques auraient été déterminantes pour les entraîneurs de la Nationalmannschaft, notamment pendant les séances d’entrainement. « Les performances étaient optimisées, les plages de repos mieux planifiées et les risques de blessures réduits. » Un cocktail technologique qui a fait ses preuves.

Si les performances individuelles peuvent faire l’objet d’expertises et être optimisées, quand est-il de la prévention des blessures, fatigues et autres problèmes physiques dus à la pratique de sport de haut niveau ? Une start-up française pense détenir la solution.

Bodyconnect, le t-shirt qui veut aller encore plus loin

Un t-shirt est appelé a allé encore plus loin dans la démarche de suivi des sportif de haut-niveau : bodyconnect[4]. Initié par une start-up française, cette nouvelle technologie permettrait d’élargir le champ des données collectées et leur interprétation grâce à de nouveaux algorithmes. Benjamin Lanquar, un des deux entrepreneurs à l’origine du projet, nous raconte la naissance de ce t-shirt connecté.

« Un jour lors d’un match on s’est posé la question suivant ; comment pourrait-on savoir à quel moment il faudrait arrêter un joueur pour lui éviter tout risque physiologique. L’idée nous est alors venu en jouant à la Playstation : il nous faudrait une barre de power comme dans les jeux. » Une idée simple, mais qui s’avère bien plus complexe à mettre en oeuvre.

Contrairement aux autres technologies qui fournissent pour la plupart uniquement des informations sur le rythme cardiaque, bodyconnect propose un véritable ECG médical (électrocardiogramme), transmettant des données précises sur les performances du cœur, permettant de prévenir quand le sportif a atteint certaines limites. « La technologie iMVS (Monitoring Vital Sign) intégrée à notre T-shirt donne des informations extrêmement précises » insiste Benjamin Lanquar.

Le rythme cardiaque et la pression pulmonaires sont recueillis et combinés pour donner un résultat très précis sur l’énergie restante et/ou consommée par le sportif durant l’effort. Le tout consultable grâce à des graphiques et schémas lisibles par tous sur une application smartphone/tablette/ordinateur/smartwatch. L’ensemble des données individuelles de l’effectif seront consultables en direct et permettront à l’entraîneur de juger le taux de fatigue et rapidité de récupération de chaque joueur, et ainsi d’orienter ses exercices d’entrainement ou son coaching pendant les matchs.

« Prévenir les risques pour les sportifs de haut niveau »

Ce t-shirt « non intrusif » concernera tous les sports, collectifs ou individuels, amateurs ou professionnels et fournira ses données grâce à une data logger de moins d’un centimètre, placé dans le t-shirt en dessous de la nuque. Bodyconnect intégrera également des capteurs de déplacement 3D pour suivre chaque mouvement du sportif, corriger ses gestes ou encore mesurer les impacts au rugby par exemple.

bodyconnect

« On va pouvoir analyser toute la saison d’un sportif, y compris au moment des blessures, et déceler par exemple des insuffisances cardiaques, pulmonaires, pour mieux prévenir les risques pour les sportifs de haut niveau » souligne l’entrepreneur.

Un sport déshumanisé ?

Un argument de taille à l’époque où sport et business n’ont jamais été aussi liés et où les sportifs de haut niveau représentent un réel investissement pour les clubs, mais aussi pour les sponsors. Il y a quatre ans aux JO de Londres, 86% des athlètes médaillés avaient déjà recours à ces analyses de données.

Mais leur abondance n’irait-t-elle à l’encontre des valeurs du sport qui par essence se veut une science inexacte, attachée à la notion inhérente de facteur humain, de hasard ? En réalité, cette « dataisation » de la performance tend surtout à confirmer que le sport de haut niveau lève de nombreux enjeux financiers, pour les équipes professionnelles et les sportifs eux-mêmes, de plus en plus assimilés à des machines à records, à titres, et autres contrats juteux.