L’agriculture vit actuellement une intense mutation technologique. Ses outils évoluent, ses pratiques aussi. Chaque année, de nombreux croquis se matérialisent pour former de nouveaux objets connectés, devant faciliter le labeur d’agriculteurs coincés dans l’engrenage d’une productivité toujours plus exigeante. Zoom sur l’agriculture du XXIe siècle. L’agriculture connectée.

L’agriculture connectée : un secteur d’avenir

Du haut de son statut de première puissance agricole d’Europe, la France se positionne comme un des avants-postes guettant l’arrivée de nouvelles techniques innovantes. Ces dernières années, le monde agricole les a accueillies à bras ouverts. Dans un contexte de révolution numérique, les agriculteurs opèrent progressivement une profonde mutation de leurs pratiques.

Et pour cause, le suivi de leur activité n’a jamais été aussi optimal. Aujourd’hui, les assistants GPS d’arpentage cartographient les parcelles, les rendements sont calculés et les coûts anticipés.

Tourné vers le partage des données

En France, le concepteur de logiciels agricoles Isagri vient désormais en aide à de nombreux agriculteurs dans tous ces domaines. Le programme de gestion parcellaire Geofolia simplifie leurs travail en recueillant et en analysant des données essentielles comme les quantités de produits de traitement utilisés les cultures. Des données automatiquement échangées entre le boitier installé en cabine et le logiciel en ligne, consultable directement sur l’application Géofolia via une connexion internet. Une avancée à laquelle s’ajoute celle de l’autoguidage, un système intégré aux dernières générations de tracteurs, manœuvrant à la place du conducteur.

Des fonctionnalités accessibles depuis le système Isa360, également développé par Isagri. Un boitier connecté à des caméras de surveillance haute définition et communiquant diverses informations telles que les prévisions météo ou les cotations agricoles, en temps direct.

Autant d’avancées réalisables grâce à l’utilisation des objets connectés. De nombreux constructeurs misent d’ailleurs sur les nouvelles technologies pour dynamiser et développer le jeune secteur de l’agriculture connectée.

C’est le cas de Sulky-Burel, entreprise bretonne récompensée au dernier Agritechnica 2015 pour son projet « Connected Nutirent Management » .

L’idée, développée en partenariat avec la marque John Deere, vise à accompagner et conseiller l’agriculteur dans sa gestion de la fertilisation des cultures, grâce à internet et aux connectivités entre matériels et logiciels. En d’autres termes, cette innovation permet d’opérer et d’ajuster automatique la distribution d’engrais sur la machine, en accédant à une base de données en ligne.

D’autres projets semblables sont encore en phase expérimentale, mais nourrissent de grandes ambitions. A Clermont-Ferrand, l‘Institut de recherche en sciences et technologies pour l’environnement et l’agriculture (Irstea) oeuvre pour proposer de nouvelles solutions innovantes. Crocus, c’est le nom donné à un de leurs projets impliquant l’utilisation de capteurs connectés. Agriculture connectéeDes capteurs autonomes placés au cœur de parcelles collectant des données, transmises par internet puis analysées afin de prévoir les risques éventuels rencontrés sur le terrain (présence de nuisibles, de maladies ou de « stress hybride »). Les chercheurs travaillent actuellement sur la conception de ces capteurs pour pouvoir les tester sur une exploitation le plus rapidement possible.

Ces derniers devraient être équipés d’un outil de contrôle relié à une interface de connexion, d’un port usb ainsi que d’un module de communication sans fil (par Bluetooth ou Wifi). Une fois installés, ils auront pour mission de communiquer entre eux, avant d’envoyer leur rapport à une plateforme centrale de collecte des données.

Une agriculture robotisée

Jusqu’aux plus hautes instances de l’État, la révolution numérique apparaît comme un atout incontournable pour perfectionner la production nationale, mais aussi pour inscrire l’agriculture dans une approche de développement durable, matérialisée par la signature des accords internationaux de la COP 21. Pour rappel, le secteur agricole est aujourd’hui responsable d’un quart des émissions de CO2 dans le monde, ce qui le place dans un des champs d’actions prioritaires.

Pour se faire, chaque année, les avancées de l’agriculture connectée se manifestent lors de nombreux salons à travers le monde, où toujours plus de robots agricoles sont présentés. Une observation qui va dans le sens d’une étude réalisée par l’agence Tractica qui prédit une croissance exponentielle du nombre de robots agricoles d’ici à 2024. Au total, la robotique agricole (robots de traite, d’alimentation de stabulation, drones, tracteurs sans chauffeur…) devrait générer un chiffre d’affaires mondial de 73,9 milliards de dollars en 2024, contre 3 milliards en 2015. La moitié de ces revenus seraient issus de l’investissement dans des outils agricoles de terrain.

Une prévision qui pourrait très bien inclure Dron’im@ges, un outil destiné à simplifier le travail des cultivateurs en collectant un maximum de photographies de champs depuis le ciel. Une technique semblable à celle employée par Sulky-Burel, mais cette fois dans les airs. Grâce à son capteur multispectral, le drone prend un maximum de photos qui, une fois analysées, permettent de connaître la biomasse des plantes et d’en évaluer le statut azoté. Le potentiel de rendement du sol est évalué sur chaque zone par le drone qui préconise ensuite d’épandre plus ou moins d’engrais sur certaines parcelles. Un outil déjà opérationnel, mais uniquement destiné aux cultures de blé et de colza.

Parrot, le leader mondiale (Français) du drone civil participe lui aussi au développement de ces nouvelles technologies agricoles. Il présente en ce début d’année 2016 un nouvel outil semblable nommé Sequoia, destiné à ses drones, et permettant de prendre des photos infrarouges des cultures pour faciliter leur suivi. Les images sont prises par un appareil photo de 16 mégapixels, également équipé d’un capteur multispectral traduisant en image les cultures. Les images sont stockées dans les 64 go de mémoire embarquée avant d’être converties en cartes aériennes sur un logiciel de traitement d’image. Les carences en nutriments y apparaissent, tout comme la présence d’organismes vivants nuisibles ou les manques d‘irrigation, grâce à un code de quatre couleurs différentes. Avec ces cartes, Sequoia cible clairement les zones du champ nécessitant une attention particulière.

En terme de robotique, d’autres types d’outils agricoles sont conçus pour agir directement sur les sols. Naïo lui, permet de biner les mauvaises herbes. A l’aide de son système de navigation, le robot peut se diriger sur les champs et de traverser les rangées de légumes. Plus qu’utile pour décharger l’agriculteur d’une partie de son travail, cet outil écologique permet surtout de réduire, voire d’éliminer, le besoin de pesticides lié au désherbage.

L’idée a d’ailleurs été reprise par le groupe Bosch qui vient de développer un nouveau robot capable de distinguer visuellement et à grande vitesse les mauvaises herbes avant de les éliminer. Un outil doublement avantageux puisqu’en plus d’éviter tout déversement de pesticide, il permet de réaliser de très importantes économies, pour des agriculteurs qui doivent chaque année investir en masse pour leurs désherbants.

Une idée qui pourrait contribuer au plan Ecophyto 2018, voté lors du Grenelle de l’environnement, et visant à réduire de 50 % l’emploi des pesticides d’ici 2018. Pour autant, le projet reste encore expérimental, et difficilement convertible à grande échelle. La capacité maximale de ce système étant de 1.75 mauvaise herbe par seconde, sa progression de 3.7 cm par seconde, et sa densité d’action ne pouvant atteindre au maximum que 43 centimètres par mètre. Ce robot peut toutefois rester en totale autonomie durant vingt-quatre heures, de quoi nourrir encore une fois de réels espoirs pour une agriculture plus respectueuse de l’environnement.

Des projets de « digifermes »

Le futur connecté passe aussi par des phases d’expérimentation à grande échelle. Dans cette optique, la société Arvalis (Institut du végétal) a annoncé spécialiser deux « digifermes » comme sorte de laboratoire pour l’agriculture de demain. La première est dédiée aux grandes cultures et située à Boigneville, dans l’Essonne, tandis que la seconde expérimente de nouvelles pratiques sur un élevage de bovins en Lorraine, à Saint-Hilaire-en-Woëvre. L’ensemble du dispositif mis en place servira de test grandeur nature, grâce aux essais de diverses techniques innovantes, impliquant l’utilisation d’objets connectés. Ces deux véritables incubateurs auront pour but premier d’utiliser les techniques de « pilotage numérique » et de tester de nouveaux prototypes proposés par des entreprises extérieures. Preuve que nos campagnes se préparent progressivement à évoluer vers une agriculture résolument plus connectée.