Ubisoft nous l’a dit, l’a répété et a ré-insisté juste avant la projection : le film « Assassin’s Creed » sort, ce mercredi 21 décembre, parce qu’il « est prêt ». Il a finalement fallu patienter cinq ans avant de voir débarquer le premier long-métrage adapté des jeux vidéo éponymes, avec Michael Fassbender (« Steve Jobs ») dans le rôle-titre.

Un pari osé[3], surtout que les adaptations de jeux sont, depuis toujours[4], de mauvais films. Du « Super Mario Bros » de 1993 à « Warcraft » cette année, vidéoludique rime avec nanar sur grand écran. L’affrontement entre assassins et templiers changera-t-il la donne et réussira-t-il à séduire les cinéphiles ? Pas si sûr… Verdict.

Les non-joueurs vite largués

Image tirée du film "Assassin's Creed" (20th Century Fox)

Le film suit les aventures de Callum Lynch (Michael Fassbender), garçon fan de BMX et traumatisé par le meurtre de sa mère par un père encapuchonné, qui va devenir un criminel exécuté pour meurtre (on n’en sait pas plus). Sur ce, il est kidnappé par la société Abstergo où la charmante Sofia Rikkin (Marion Cottillard) lui propose de revivre la mémoire de son ancêtre Aguilar, dans l’Espagne en 1492, grâce à l’Animus, une étrange machine sous forme de bras mécanique à laquelle il se branche façon « Matrix ».

Voilà pour le point de départ, déjà un brin complexe. Sauf que le scénario ne va pas aller en se simplifiant. Le spectateur découvre alors l’affrontement entre deux sociétés secrètes, deux guildes : les Assassins et les Templiers. Tous deux courent après une « pomme d’Eden », censée renfermer le secret de la violence des hommes ou – selon l’interlocuteur – le secret du libre arbitre.

C’est là que le non-joueur est largué. S’il comprend vite que les Templiers sont les méchants ecclésiastiques de l’Inquisition espagnole, qui sont les Assassins ? Ils apparaissent comme une sorte de secte défendant les musulmans, en multipliant les assassinats, avec des talents entre le ninja d’élite et le maître Jedi.

Ce qui est moins clair, dans les allers-retours entre passé et présent, c’est qu’Abstergo est l’émanation moderne des Templiers, tandis que Callum Lynch et les autres cobayes sont des descendants des Assassins (sans forcément le savoir).

C’est quoi cette foutue pomme ?

Image tirée du film "Assassin's Creed" (20th Century Fox)

Sur le dernier tiers, le film perd totalement le spectateur non initié aux secrets d' »Assassin’s Creed ». Mais c’est quoi cette foutue pomme ? Pourquoi quand Callum Lynch revit les souvenirs d’Aguilar il en ressort avec son talent au combat ? Pourquoi les Assassins modernes tuent tout ce qui bouge, là où les Templiers se contentent (plus ou moins) d’assommer ?

Autant de questions auxquelles les fans des jeux vidéo ont les réponses. Le film n’explique pas ainsi que la pomme d’Eden a en réalité été créée par la « Première Civilisation » de la Terre, à mi-chemin entre des Dieux et des extraterrestres, et qu’elle permet d’assouvir les Hommes en contrôlant leurs pensées.

A savoir pour les non-joueurs, la série des jeux vidéo repose sur l’affrontement millénaire entre Assassins et Templiers pour mettre la main sur les Pommes d’Eden (parce qu’il y en a plusieurs). Si les premiers prônent un libre arbitre total, les seconds préfèrent le contrôle par des érudits, les deux ordres (voire sectes) n’hésitant jamais à tuer.

Cette violence perpétuelle et cette absence de manichéisme simpliste ne se retrouve finalement qu’à la fin du film, lorsque le héros lâche, sauvage :

« Tout le monde ne mérite pas de vivre. »

Scènes d’action frénétiques

Pour le reste, de nombreuses scènes raviront les fanatiques des jeux vidéo, autant qu’elles fatigueront les cinéphiles. Aguilar escalade une façade, saute entre les toits, se bat avec une lame dissimulée dans son avant-bras, cours sur des cordes à linge tendues dans une allée, escalade encore, saute encore… Le tout à un rythme frénétique, difficile à suivre pour la caméra comme pour l’œil. Le réalisateur Justin Kurzel (« Macbeth ») semble parfois dépassé par tout ce qui se passe devant lui.

Il n’en demeure pas moins que l’Espagne[5] de 1492 apparaît colorée et vive (malgré son brouillard permanent, symbolisant la vision Animus), avec des décors exotiques et agréables. En somme, à l’opposé total de l’univers froid et scientifique des bureaux d’Abstergo à Madrid où Callum Lynch est enfermé. Une dichotomie qui pousse à regretter de ne pas passer plus de temps durant l’Inquisition.

Finalement, les cinéphiles pourront se contenter de ce film d’action intense mais parfois confus. Tandis que les amateurs de la saga de jeux vidéo[6] se régaleront d’une très fidèle adaptation, gorgée de divers « easter eggs », comme l’arc de Connor d' »Assassin’s Creed III » ou la canne-épée de Jacob et Evie Frye d' »Assassin’s Creed: Syndicate », ou encore l’inspiration des quatre Assassins qui aident le héros :

  • Moussa (Michael K. Williams) descendant de Baptiste, vu dans « Assassin’s Creed: Liberation » ;
  • Linn (Michelle Lin) descendante de Shao Jun, vu dans « Assassin’s Creed Chronicles » ;
  • Nathan (Callum Turner) descendant de Duncan Walpole, vu dans « Assassin’s Creed IV: Black Flag » ;
  • Emir (Matias Varela) descendant de Yusuf Tazim, vu dans « Assassin’s Creed: Revelations ».

Que les fans de l’épopée historico-mystique se réjouissent un peu plus : « Assassin’s Creed » ne s’arrêtera pas à un seul film, mais devrait être une trilogie[7], selon Michael Fassbender. Justin Kurzel a déjà fait part[8] de son intention de s’occuper du deuxième, et de l’ancrer dans l’Amérique des années 1950.

Depuis un an, Ubisoft a mis en ligne le site Abstergo.com[9] lié au film, situant les localisations de l’émanation des Templiers à Madrid, mais aussi à New York, Chicago, Los Angeles, Tokyo, Séoul, Londres, Paris, Osaka-Kobe, Shanghai et Moscou. De quoi ouvrir la porte des pronostics sur les suites…