Animaux : des objets connectés pour chérir et surveiller
Animaux : des objets connectés pour chérir et surveiller

Les objets connectés pour animaux sont de plus en plus nombreux. Ils permettent la surveillance, l’analyse comportementale et la ludification des exercices sportifs. Toutefois, ces appareils soulèvent également des questions éthiques concernant la surveillance et le dressage des animaux. 

Située à en banlieue de Melbourne, Australie, la résidence des Williams accueille une famille composée de cinq humains et de trois chiens. Malgré l’atmosphère chaotique générée par tout ce petit monde, il s’agit de l’un des nombreux foyers australiens où les Hommes et les animaux vivent en harmonie.

Au cours des derniers mois, selon les parents Andrew et John, les chiens se sont mal comportés. Ils ont endommagé des meubles et des biens pendant que les humains étaient à l’école ou au travail. Pour remédier à ce problème, Andrew a installé des webcams dans la maison, et a acheté un objet connecté pour animaux de compagnie : le Whistle. Cet appareil lui sert à surveiller Tigger, son Berger allemand, principal suspect dans cette affaire de destruction.

whistle

Le Whistle combine surveillance GPS et bien-être animalier sous la forme d’un bracelet. Ce bracelet s’attache au collier du chien, et se connecte à l’application smartphone pour permettre à Andrew de surveiller Tigger, d’évaluer la quantité d’exercice physique qu’il effectue, ses temps de jeu et de repos. Cet appareil fait partie du marché en plein essor des wearables pour animaux[1].

Pendant qu’il est au travail, Andrew peut ainsi garder un œil sur Tigger. En fonction des données collectées par l’application, il a pris le parti de verrouiller certaines pièces de la maison et d’aménager des espaces de jeu en adéquation avec le rythme de son chien.

Les observations de la famille Williams s’inscrivent dans un projet de recherche couvrant plusieurs villes d’Australie sur les pratiques domestiques les plus courantes. D’abord orientée vers les pratiques et perceptions des humains, cette étude s’est finalement réorientée de manière inévitable vers les animaux de compagnie. Pour cause, l’Australie a l’un des principaux taux de possession d’animaux de compagnie dans le monde entier. Près de cinq millions de foyers comportent un ou plusieurs animaux de compagnon.

Wearables pour animaux : un marché en plein essor

Les appareils numériques et les objets connectés sont désormais intégrés aux relations entre humains et animaux de compagnie. De nombreuses rumeurs évoquent des chats jouant avec des iPad, des chiens regardant la télévision ou participant à des appels vidéo. L’une des participantes de l’étude, Anna, explique qu’elle appelle régulièrement sa chienne sur Skype lorsqu’elle est en déplacement professionnel (avec l’aide de son compagnon).

Quand Anna est absente, sa chienne Abby donne un coup de patte sur l’ordinateur portable, anticipant l’appel nocturne de sa maîtresse. Elle s’excite, remue la queue, aboie et presse sa truffe contre l’écran. Il est désormais reconnu que certains chiens distinguent clairement les images sur les écrans, comme en témoignent de nombreuses vidéos YouTube.

Actuellement, le marché mondial des objets connectés pour animaux est estimé à 2,62 milliards de dollars. Les wearables pour animaux autorisent la surveillance à distance[2] et le suivi permanent. Des appareils comme le Pod 2, le Buddy, le WÜF ou le Nuzzle permettent de surveiller le rythme cardiaque. D’autres, comme l’Inupathy ou le Petface, aident à l’analyse des cycles de sommeil. Certains de ces appareils offrent également des fonctionnalités de geofencing et des systèmes d’alerte notifiant le propriétaire lorsqu’un animal va trop loin. C’est par exemple le cas du collier DogTelligent.

dogtelligent

Les propriétaires d’animaux peuvent « ludifier » les exercices physiques de leurs animaux à l’aide d’un système de récompense et d’un tableau de classement permettant de comparer les résultats d’un animal avec les autres. Une application de réalité augmentée permet de voir à travers les obstacles, tels que des meubles, pour localiser l’animal. Il est également possible de voir le monde à travers les yeux de l’animal grâce à une caméra connectée.

L’éthique de la surveillance

En observant le comportement de Tigger, Andrew s’est rendu compte que certaines pièces de la maison, lits et canapés représentent des associations particulières pour l’animal. Par exemple, lorsqu’il est anxieux, le Berger allemand tend à se réfugier dans la chambre principale de la maison. Andrew comprend désormais mieux son animal.

Les objets connectés pour animaux soulèvent également des questions éthiques concernant la surveillance. Historiquement, nos relations avec les animaux de compagnie ont toujours été ambivalentes. L’apprivoisement d’animaux domestiques est à la fois naturel et culturel, instinctif et social. Il s’agit à la fois d’une relation possessive et d’une forme d’amitié.

halo-belt

L’affection pour nos animaux s’accompagne également d’une étroite surveillance, dans la sphère domestique et à l’extérieur du foyer. Par exemple, un autre participant à l’étude, Paul, promène souvent son beagle Millie. Toutefois, Paul  peur que Millie s’enfuit. C’est pourquoi il évitait jusqu’à présent de le sortir pendant la nuit. Il a ensuite acheté un harnais Halo Belt qui s’illumine la nuit. Dorénavant, il peut sortir son animal dans la pénombre sans craindre de le perdre de vue.

La surveillance minutieuse de nos animaux est guidée par notre affection, notre instinct protecteur et notre amour pour les animaux. Cependant, cette surveillance doit également rester prudente, car elle affecte aussi bien les animaux que les humains. Les objets connectés pour animaux doivent embrasser cette relation paradoxale entre affection et contrôle.